Pas Noël

Mice, Uploaded with Snapbucket

J'avais dit que je prendrais un peu de temps pour donner des nouvelles avant Noël. On est le 24. Demain c'est Noël pour les gens qui le fêtent dont je ne ferai résolument pas partie, je pense. D'une part parce que j'ai déjà fait Noël avec une très jeune personne il y a quelques semaines, et comme c'était agréable cette ambiance de fête, faire le sapin, installer la crèche et les loupiottes qui courrent le long du plafond. D'autre part parce que fêter Noël pas en famille, après une année aussi merdique à absolument tous les niveaux... Un travail où tu te fais insulter, ensuite un travail où tu te fais virer parce que tu as trop et trop bien bossé, ensuite pas de travail, mais pas d'allocs non plus. Se faire virer de son appart' parce que ton proprio est surendetté et qu'il a besoin de cash et lui payer en plus des loyers, une nouvelle salle de bain et la réfection de deux portes. Partir en vacances sans le sous parce que tu ne peux pas te faire rembourser les billets de train. Passer toutes tes économies pour bouffer et payer le loyer. Reprendre le travail et te faire payer 35h pour 42h travaillées, soit 2 week-end par mois gratos, à ton patron. Me demander de Fêter Noël ce serait comme demander à un cul de jatte de courir le marathon sans prothèse. C'est hors de ma portée. Mes vacances n'ont pas non plus prévues d'être des vacances, car j'avais commencé à travailler sur un projet perso cet été, et que maintenant je dois finir, car les week ends depuis étaient souvent trop court pour que j'avance bien. Et je suis soulagée aussi de passer ces quelques jours à la maison car ces deux dernières semaines de taf ont été un enfer. J'ai bien fait mon travail, car j'ai gagné deux concours pour des projets très loin d'être inintéressant pour ma boîte. L'un consistant à la création d'une nouvelle salle avec un agrandissement d'un espace scénique préexistant dans un théâtre à la façade inscrite au patrimoine des monuments historiques, l'autre est un bien plus vaste projet qui s'étendra sur des années si mes collègues remportent la seconde phase du concours. S'ils ne la remportent pas, c'est toujours redorer l'image de la boîte d'avoir été sélectionné. Il s'agit d'un immense bâtiment qui s'étend sur 4 numéros de rue en plein cœur de Paris. Si on gagne pas. On gagne quand même une énorme prime de participation comme finalistes. Le patron est content et c'est sans doute l'essentiel. La première de ces deux dernières semaines, je l'ai commencée par manquer de m'évanouir en arrivant au boulot, ensuite je suis allée livrer plusieurs dossiers en main propre pour m'éloigner au maximum de l'ordinateur, en proie à une migraine ophtalmique maousse doublée d'une tendinite aigue. Je ne me servais à plus rien à moi-même, et la douleur n'est pas très supportable quand ton taf consiste à passer le plus clair de ton temps les yeux rivés sur un écran d'ordinateur et à taper sur le clavier dans une position mal fichue qui ne fait qu'empirer un peu plus ton mal chaque jour. Si bien que le vendredi, ç'en est arrivé à une sorte de paralysie du pouce (au moins on ne sent plus grand chose), comme un problème de canal carpien. Tu ne peux plus écrire avec un stylo et le moindre doigt posé sur le clavier t'envoie un pic à glace qui te transperce du poignet jusqu'au coude en plus de l'agacement provoqué par ce handicap qui fait que tu perds le contrôle des mouvements les plus routiniers. J'aurais cru à un week-end rédemptoire en la compagnie de la plus petite fille de mon colocataire, car comme quand on a installé le sapin, les enfants te sortent de tout ce merdier, et puis finalement ça n'a été que lourdeur, ménage et solitude car ils n'ont passé que très peu de temps ici. Je me suis faite une raison, j'ai travaillé un peu sur mon projet et je n'en ai pas profité pour me distraire. J'avais encore trop mal. J'ai tenté les médocs. J'ai gagné le droit de planer pendant une heure et de me sentir encore plus incapable sans que ça ne résolve rien une fois l'effet dissipé. La deuxième semaine valait bien la première. Je l'ai commencé avec ce marteau dans le crâne, pour ne pas s'arranger et l'impression d'avoir perdu un œil. Comme le Big Boss était de passage à Paris, le chef d'agence a commencé à "jouer" au chef d'agence. A nous péter un câble pour le ménage de l'agence.... en vrai pour libérer l'espace des chefs de projets qui viennent fêter le nouvel an à Paris. L'agence étant un grand appartement disposant de deux chambres avec plumard et d'une grande salle de bain, il est fréquent que des Italiens viennent passer leurs week end prolongé ici. Donc on range avant. Parce qu'il se trouve que quand on fait des maquettes ça fout le bronx, et en ce moment on fait plutôt des maquettes. Et donc quand on revient, on a le droit de ranger la chouille des chefs de projets italiens. Il nous a fait le coup une fois, car ranger semblait sur le coup plus nécessaire que de corriger des dossiers à faire partir dans l'heure (que je corrige et signe moi-même avec la signature du patron depuis maintenant 3 semaines... soit depuis qu'on a gagné ces deux concours, parce que maintenant le patron s'en fout des suivants). La deuxième j'ai gueulé. J'ai proféré un "He ho, Machin! ça va là!". ça l'a calmé et heureusement parce que je n'aime pas ces démonstrations de cirque. ça a été difficile aussi car du fait de la présence de la petite par ici, le matin il ne fallait pas faire de bruit et le soir on était trop nombreux dans l'appart pour pouvoir tous prendre un bain et passé 20h, souvent j'en ai juste marre et envie de me coucher. Alors je suis partie tous les matins un peu plus tôt que d'hab, l'estomac qui crie "Café" un peu comme quand tu dois être à jeun pour une prise de sang. Je n'ai pas trop mangé, je ne me suis pas lavé. Bref je suis allée au taf en pyjama et ai bien trempé dans mon jus au point de l'insupportable. Mais je préfère encore ça que de réveiller des enfants qui dorment d'un sommeil plus innocent que le mien. Du coup je me suis trainée dans l'agence comme un fantôme en pyjama sale et je me suis sentie une merde toute la semaine. Une merde avec un mal de bû relou et une main pourrie qui attend de crever chaque soir dans son lit pour que le temps s'arrête le temps que ça dure, ne pas souffrir et ne pas penser à cette épreuve de chaque semaine qui arrive au boulot et qui m'apporte son lot de trucs à penser et faire pour soulager le boss. J'ai profité que le chef d'agence soit parti en vacances plus tôt et de ma journée seule à l'agence d'hier pour encaisser 10 heures avec une maigre pause déj' et prendre de l'avance pour la rentrée avant que la foudre patronale me tombe sur le coin de la goule à mon retour. Cette semaine aussi, Voltaire a repris les répètes, maintenant que plus personne n'a de mélanome de pouce cassé ou de dos en vrac. Et ça a fait beaucoup de bien à tout le monde. On a un nouveau bassiste et je savais que ce serait cool avec lui. Il touche en même temps que c'est un mec classe. Y a plus qu'à les enchaîner, ces foutues répètes, mais je ne suis pas inquiète car durant le temps où on a pas répété, moi j'ai écrit, et donc on a de la compo devant. Ce matin où j'ai pû dormir tout mon saoûl je me suis réveillée comme anesthésiée, et je suis encore un peu dans le coma à l'heure où je t'écrit. Ces deux dernières semaines sont un bon résumé de mon lot quotidien, quand t'as fini ta journée ou ta semaine et que le seul truc qui t'attend en rentrant c'est la vaisselle, les courses ou le ménage parce que du temps pour aller voir un spectak faut pas compter dessus et le jour où tu l'as, ce temps, bah t'encaisse double parce que ça a pris sur le temps du sommeil. Mais comme rien n'est jamais parfaitement noir ou parfaitement rose, il s'est fait aussi de belles rencontres.

J'ai retrouvé Morrigan que je n'avais pas vue depuis longtemps. Qui a aussi changé de vie. On travaille et on habite à côté et comme on taffe comme des mortes, ça fait du bien d'avoir quelqu'un à la toute proximité pour causer quand on a le temps de déjeûner. Et puis j'ai rencontré une autre meuf top figolu, par le hasard d'un marché créa comme je n'avais pas eue l'occase d'en faire depuis longtemps, et ça fait du bien de dire "on se revoit" au moment où je ne vois véritablement pas grand monde depuis que j'ai pris ce boulot. Et quand d'autres copains sont partis. Ont quitté la ville, ou simplement on a plus l'occasion de se voir. Et mon rythme est suffisemment perturbant pour que j'évite de l'imposer à d'autres.

Dans tout ça les deux derniers mois ont été triste. Alors il faut s'accrocher pour tenir le coup. Redoubler de tisane pour dormir ou de vitamine C pour réussir à rester éveiller. Quand mon colocataire est là quelques jours de suite et que je ne le croise pas juste le temps où il prend son bain avant de filer vers d'autres cieux, lui qui est toujours en mouvement, j'attends de passer un peu de temps avec lui pour faire des perles, mater un film ou raconter des conneries... Quand je ne suis pas moi-même en dessous de toute capacité à faire quoi que ce soit. J'ai accumulé assez de fatigue physique et nerveuse pour n'être plus que l'ombre de moi-même. Au point d'en avoir honte.

Aujourd'hui je me suis lavée de bas en haut comme mieux que jamais pendant que mon colocataire préparait un beau gâteau pour son Noël en famille. Il ne veut pas que je lui parle et c'est sûrement de ma faute, soit parce que je suis allée me coucher très tôt hier soir parce que je ne tenais plus sur mes jambes, (et quand j'ai serré les dents toute la semaine, je pleure facile, donc pour éviter ça, je me cache dans mon lit) comme ça m'arrive souvent le vendredi et que je ne le crie pas sur tous les toits tant ç'en est assez de mes douleurs courantes. Ou peut être parce que je n'ai pas déblayé le canapé des choses qu'il y met pour que le chien ne monte pas dessus, ce dont je dois m'occuper aussi pendant cette semaine. Ou quoi d'autre que je ne sais pas. J'attends qu'il parte comme il faut que je m'y attende souvent chaque fois que je crois qu'il va peut être rester un peu et que coïtus interruptum, il part kek'part. Là il est là et il m'en veut et il a sûrement raison, comme je sais trop bien que c'est pas cool de vivre avec quelqu'un qui est dans un état de semi-défonce permanent à cause d'une bande de dossiers de merde qui fait louper toutes les expos bien du moment. J'attends et j'espère que ça passe en souhaitant très fort que ça ne dure pas longtemps car il me manque aussi, comme quand il est là mais qu'on ne peut rien faire car il reçoit ou qu'il s'apprête à courir d'autres lièvres ou qu'il me manque et que je suis au bout du rouleau et pas fichue d'aligner un mot ou alors avec difficulté parce que la fatigue m'emporte. J'attends qu'il parte pour nettoyer l'appart et ne pas le déranger avec ça pendant ce temps, ou qu'il reste et me dise un mot.

 

j'mens pas.

j'ai prévu et annoncé le coup que je reviendra dire des trucs qui arrangera personne que je raconte comment la vie des fois ç'pas drôle. Comment arrêter d'être relou c'est encore plus dur, comment recommencer à écrire ça fait de plus très mal au cul. Mais bon, chuis large, j'avais dit avant Noël, il me reste 15 jours. Tsaââw, les gars. A bientôt (quand je dis je déconne pas, compte dessus, j'reviendra, compte dessus 3 fois et 4 fois tu l'auras).

 

Don't rest in peace.

http://i1216.photobucket.com/albums/dd367/ladytoxine/Snapbucket/A91AAD1F.jpg

Je suis très beaucoup occupée à tester les applis pourries de l'i-phone et à prendre des bains de 2 plombes en lisant des livres supers spirituels ou passionnants ou les deux à la fois ou seulement un des deux. Je vais revenir dès que j'aurai terminé mon prochain paquet de figolu. (avant Noël). (mais oui ok c'est vrai, j'ai u peu décédé - par nécessité - ces derniers temps... et d'ailleurs j'hésite encore un peu à revenir à l'en-vie...)

 

Watch for me on the mountain...



Je ne suis pas décédée, je ne suis pas tombée dans une dépression saisonnière profonde, finalement je n'ai même pas eue besoin de me faire enfermer. ça va. J'ai pu passer quelques jours à Plouqueville en Juillet pour revoir quelques copains de classes et quelques copains de sorties, la tête confuse, l'administration ayant décidée de lancer une nouvelle campagne anti-moi, en tentant de me mettre totalement à plat et à sec par tous les moyens, si bien que j'ai dû retrouver du travail plus vite que la lumière à mon retour pour échapper aux assistantes sociales dans leurs B52's, qui me regardaient de leur œil torve derrière leurs lunettes en plexiglas, je le sentais bien. J'ai du courir beaucoup. Et très vite, pour échapper à leurs lumières aveuglantes, envoyées depuis leur mirador.

Après neuf entretiens en 3 jours, je me suis retrouvée dans un cabinet d'archi dans un très grand appartement bourgeois avec des jolies moulures, près du Grand Rex où je passe mon temps à monter des dossiers de candidatures d'appels d'offres, dans une ambiance d'atelier, avec trois autres personnes qui font des plans d'immeubles toute la journée sur leur logiciel. Comme c'est loin des rothring rechargeables 0.2 et des angles droits faits avec deux équerres ou des petits arbres autour des petites maquettes en contre collé et en balsa de mon enfance, dans le cabinet de mon père.

Le responsable de l'agence est italien. Le stagiaire aussi. Le Big boss est rarement là, il y a deux autres agences en Italie. Je ne comprends rien à ce qu'ils me disent. Ils ont un vocabulaire incroyable, mais ils n'articulent pas. Je comprends juste des bouts de trucs comme "Spaghetti, Pepperonis, Antispasti, Quianti et quattro fromaggi". J'évite donc de leur proposer des margaritas, et je tente au mieux de me démerder avec ce qu'il y a dans le macintosh. Les deux autres sont français, on parle très peu en journée à part pendant la pause déjeûner, on boit beaucoup de café et on écoute le Wu Tang en faisant notre travail. Il y a une grande cuisine, et quand Gianfrancisco Dellaroma est dispo, le stagiaire qui a notre âge, il nous fait des pâtes aux légumes et on s'installe autour de la grande table de la salle de réunion pour parler de choses italiennes. Mais pas de sacs Prada. Non. De choses italiennes sérieuses. Comme la politique, l'économie et la culture. Je ne m'ennuie pas, à vrai dire il y a trop de choses à faire pour pouvoir lever le nez et regarder les mouches voler, mais je trouve le temps long quand même. On commence et on finit tard. J'aimerais commencer plus tôt. C'est mon poste qui l'exige, ce serait plus confortable pour moi pour gérer toutes ces histoires de documents à quémander aux sous-traitants en permanence et tous ces documents types à imprimer et faire signer. Bon il faut dire que la semaine prochaine, nous ne serons que les deux gonzesses et tant que je n'ai pas les clefs je ne peux pas faire cette demande à Bartoloméo. Je n'y ai travaillé que 5 jours car c'est tombé une semaine avant la fermeture annuelle, et je n'ai pas très envie d'y retourner. ça me fait comme dans un épisode de série américaine où le héros principal va peut-être bien mourir dans d'atroces circonstances dans la dernière minute, et ils envoient le générique pour vous laisser en suspend jusqu'à la semaine suivante, je préfèrerais bien mourir dans le prochain épisode que d'y retourner. Ici j'étais bien.

La colocation ne s'est pas faite sans heurts. Le temps de remettre les pendules à l'heure et d'un coup le temps s'est décrispé et on commence juste à être heureux ici. Je ne suis quasiment pas sortie de toute la partie d'été que j'ai passé à Paris et ça ne m'a pas manqué. Du haut de ma tour, on entend les oiseaux tous les matins, le soleil se penche en premier sur la fenêtre de ma chambre avant de faire le tour du propriétaire et d'aller se coucher sur la Butte Montmartre, en rose et mauve comme un paysage de carte postale 3D. Tous les matins je fais le tour de la terrasse qui fait le tour de tout l'appartement pour compter les escargots, les xylocopes, les coccinelles, les boutons de mes géraniums, arroser les soiffards comme la vigne vierge et les iris, je demande à la lavande si elle va finir par se mettre à pousser, je compte les fraises des bois qui ont poussé dans le béton et je décroche de temps en temps une feuille de Basilic que je donne au chien. Je le regarde étalé sous la jardinière de géraniums mi à l'ombre, mi au soleil qui se prélasse et se réveille pour courir en direction du bruit et aboyer un coup. Parfois je dois aller le chercher derrière le mur de la salle de bain pour lui signaler que c'est l'heure de manger ou de le sortir. J'ai l'impression d'être comme Hitler dans sa véranda. Je domine tout d'ici, sans trop y jeter un œil pour autant. Les voitures n'existent plus dans mon univers d'escargots. Je fais des gratins de courgettes et de choux-fleurs, des quiches au fromage, des tartes aux abricots, aux pommes et aux mirabelles, des navets caramélisés, du chou vert en lamelles, des carrot cakes, des cakes salés ou figues et miel avec de la poudre de noisettes, des cookies au fromage. Le reste du temps je travaille sur un projet d'écriture personnel particulièrement chiant et rébarbatif. Et long, car je pensais pouvoir finir maintenant mais il me manque bien des pages, dans le plan que j'ai rêvé, en plein jour, un matin. Quand je n'ai plus rien à écrire, je lis dans mon bain. ça me prend deux heures, en moyenne, une heure et demie le plus souvent sauf quand c'est vachement bien comme hier, j'ai fini "Visage Retrouvé" de Wajdi Mouawad. Je mets de l'eau tiède avec du bain moussant, parfois avec un verre que je pose sur le coin qui est dans le renfoncement du mur, je lis jusqu'à ce que je ne vois plus les lignes quand le jour se termine, parce que je n'allume pas la lumière, pour avoir une idée de l'heure qu'il est dans la baignoire où le temps s'arrête. Ensuite je me laisse sécher dehors en fumant une cigarette dans un peignoir en éponge bleu taille 12/14.

Cette semaine était trop chouette et je ne veux pas la quitter. J'ai dessiné des têtes de bonshommes au marqueur avec des joues très roses foncées sur des grosses perles en bois brut de trois centimètres de diamètre et comme on a estimé qu'on en avait pas assez, on en a commandé d'autres. J'ai repris un scoubidou partiellement entamé et je l'ai terminé avec des perles en bois de couleur que j'ai attachées au grelot du chien de ma grand mère avec qui je faisais les quatre cent coup dans la campagne du Lot quand j'étais chiarde et on a commandé d'autres perles de couleur, pour faire des grigris et en attacher partout, sur toutes les clefs, tous les outils. Il m'a refourgué une corde de bateau tressée couleur Arlequin. Je fais des tresses. Je mets encore des perles au bout. On a commandé des livres. Sur les étoiles et les légendes bretonnes, comme a dit Manue. On a commandé le Guide Noir sur ebay et le vendeur a mis un brin de lavande et de blé séché attachés par un élastique en caoutchouc bleu, dans le paquet et je l'ai planté dans la cavité du nez du crâne de taureau qui est sur le rebord de la cuisine. On l'a reçu avant-hier, le livre, mais il n'était pas là, mon colloc. On a regardé des films en buvant du rosé et on s'est fait des massages pour ne plus avoir mal au dos. Je n'ai plus mal. Je veux des perles. Et faire des tresses. Et la cuisine. Et c'est bien tout. Tiens et je me demande où il a planqué les gâteaux chleus au Marzipan que je suis trop conne de lui avoir dit de les planquer. Si vous allez en Chleuquie pendant les vacances : ramenez moi des gâteaux au marzipan enrobés de chocolat avec de la crème d'orange de pim's dedans....

 

(Gros) Menteur



Heure du lever 3h20 du mat'. Un truc rigolo, pour une fois.

Que je suis certaine de ne pas avoir dit 2 fois, puisque c'est la 1ère que j'en parle : j'ai un menteur dans ma vie. Depuis bientôt 6 ans. Ah tu vois, celle là tu ne la connaissais pas. Aujourd'hui j'ai bien envie d'en parler parce que ça fait 3 jours qu'il ment et qu'il croit que je ne le sais pas, sauf qu'en fait si sauf que je ne le dis pas. Mais ça me remplit de penser polluantes et ça m'empêche de dormir. Bon y a des gens ils ont des gros secrets, des cadavres dans les placards, j'en ai aussi, comme tout le monde, et ça encore je comprends qu'on ne dise pas tout. Mais mon menteur à moi (qui me fait conséquemment vivre dans ses mensonges), il a un talent particulier c'est qu'il ment uniquement pour des conneries en s'imaginant faire le moindre mal aux gens que je présume qu'il aime, sinon pourquoi vouloir autant leur être de bonne compagnie, sauf qu'en réalité, sachant qu'il ment, il fait exactement le contraire de ce qu'il croit : du mal. A pas mal de monde, d'après ce que je commence à comprendre. Ou alors c'est qu'il vit dans le mensonge, je n'en sais rien, je constate juste qu'il n'a pas vraiment l'air de s'en rendre compte. A vrai dire je ne pense sincèrement pas du tout qu'il le fasse exprès.

Ce week end je le vois plus que d'habitude et je commence à avoir du mal à le supporter : il en est à son 3e pipeau, du coup ça me courrouce au point que dès que sa langue fourche j'ai envie de m'arracher une jambe pour lui jeter à la gueule ; je ne le fais pas parce que ma curiosité qui me fera finir à errer dans les limbes jusqu'à la fin des temps me pousse à vouloir savoir jusqu'où ça peut aller et quel intérêt il a de le faire. Pour comprendre.

Quand je l'ai connu il a commencé par cacher des gros trucs (comme des enfants et du matériel d'homme orchestre, le genre de truc tellement énorme qu' accroche toi pour l'enterrer dans un trou dans le jardin sans réveiller personne). J'avais trouvé ça mignon, alors, je pense que c'était fait pour ne pas m'effrayer, mais j'étais encore un peu jeune et sacrément naïve.

Et puis il y a quatre ans ou cinq ans, mon menteur, très content de lui-même, m'a invité à voir une pièce de théâtre dans le 11e arrdt où un de ses amis (dont il avait l'air particulièrement fier d'avoir fait la connaissance) jouait, et me l'a présenté ensuite, très brièvement. Bon d'accord. Jusqu'à ce que je découvre plus tard qu'il couchait avec en même temps qu'avec une autre personne, en secret. Je vivais loin d'ici et je ne venais pas le voir assez souvent pour pousser les investigations ou me mêler de sa vie privée, et malgré tout c'est une personne très gentille, autant ne pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, j'ai rien dit, tu penses. Et puis plus tard, à la fin du printemps 2007, sans que je sois censée savoir qu'il vivait d'un côté cette relation cachée et qu'il voyait toujours son autre ami du théâtre en même temps, il m'a annoncé qu'il voyait les deux, pensant que je ne le savais pas déjà. Et qu'il venait de se débarrasser de sa relation cachée pour vivre au grand jour la relation qu'il avait avec son ami du théâtre avec qui il avait mille points communs, m'expliquant que dans sa relation cachée qui pour lui était pour autant (soi-disant) très précieuse ça ne pouvait pas coller pour raison astrologique, parce qu'il est "Scorpion ascendant Vierge", voilà textuellement ce qu'il m'a raconté en me mettant dans ce secret. Il n'avait même pas l'air de savoir de quel signe astrologique était sa relation cachée dont il semblait par ailleurs ne pas savoir grand chose. Il a également précisé que de toute façon il n'était pas à la hauteur de l'amour que lui portait sa relation cachée, comme pour se justifier de baiser deux personnes à la fois. Qu'il valait donc mieux couper court. Je ne sais pas si sa raison astrologique valait mieux que sa raison d'amour-pas-à-la-hauteur. Le connaissant (et c'est aussi pour ça que tout le monde l'aime bien) il était tout à fait à la hauteur de la moindre chose qui aurait fait son bonheur, le connaissant suffisamment bien aussi, je ne le voyais pas non plus capable d'assumer une relation qui avait l'air facile (vu ce que j'imaginais que sa relation cachée endurait dans le secret depuis tant de temps), car il a une tendance naturelle à se foutre dans le pétrin, ce que je ne juge pas car j'en suis très capable aussi.

Le temps s'est écoulé durant lequel je suis restée très à distance pour ne pas en avoir d'écho d'aucune sorte, et je l'ai revu quelques mois plus tard. Voyant qu'il me faisait presque des avances, je lui ai demandé ce qu'il en était de son ami. Il me dit qu'il n'avait plus cette relation avec cet ami, qui s'était terminé. Sans céder j'ai poursuivi ma route, jusqu'à ce que j'apprenne par mes antennes ultrasoniques, que de nouveau, il revoyait sa relation cachée. Sans doute peu après ses avances. Il a fini par me confier que cette relation lui était toujours aussi précieuse comme au premier temps mais toujours aussi cachée. ça faisait donc 4 ans de planque, si on met de côté l'interlude des quelques mois de relation au grand jour avec son ami du théâtre, bien qu'il soit difficile d'évaluer ses périodes de polygamie. Et puis il y a un peu plus d'un mois, j'ai croisé par hasard sa relation cachée (ultrasoniques, je te dis, je l'avais vu avec dans un concert et deviné de qui il s'agissait) et je suis allée faire sa connaissance. Elle m'a racontée ivre, qu'elle venait de se faire larguer pour raison astrologique (ça sonnait comme quelque chose de déjà entendu) et parce que celui qu'elle appelait son amour (mon menteur) lui avait énoncé à peine un mois avant sa rupture à quel point cette relation lui était précieuse avant de lui dire un mois plus tard une nouvelle fois qu'elle n'était pas à la hauteur de son amour, ajoutant qu'il avait l'impression de lui faire louper quelque chose (tu m'étonnes vivre 4 ans caché comme un honteux sac de poussière foutu derrière un meuble, on doit grave manquer de lumière), parce qu'une personne dont il venait de tomber éperdument amoureux s'était présentée à lui. Bref c'était si déprimant que j'aurais voulu tuer la personne qui sortait d'une relation cachée (sans pouvoir en siffloter un mot, de fait) pour lui rendre service et parce qu'entendre ça alors que j'ai déjà mes propres problèmes je m'en serais passée.

Ce week-end, je le passe chez mon menteur (je pensais que ça me reposerait mais en fait je vis un enfer depuis 3 jours que je me retiens d'ouvrir ma gueule et de foutre le bordel pour lui apprendre le respect d'autrui) et deux de ses meilleurs amis, qui sont vraiment chics, polis et gentils (et qui ne méritent donc franchement pas que je l'ouvre), comme mon menteur, du reste. Mon menteur est un chic type, à part ça, c'est bien pour ça que c'est problématique. Sauf qu'il ment à tour de bras en pensant que je ne m'en rends pas compte (et peut-être d'autres? va savoir et j'veux pas). Mon menteur m'a bien dit la même chose qu'à la personne qui vivait cachée, qu'il avait rencontré quelqu'un de nouveau qui lui était "tombé dessus" (c'est bien connu on dort et *PAF!* quelqu'un vous tombe dessus pile dans une position permettant d'avoir des rapports sexuels... d'ailleurs il me semble que c'est ce que les pédophiles disent aussi quand ils nient en garde à vue alors qu'ils ont été pris en flagrant délit... Ahem). MAIS j'ai découvert dans ces trois jours qu'il s'agissait de "Nouveau"... de son ami du théâtre. Mon menteur au moment de me parler de ses fesses sans vouloir le faire m'avait pourtant bien précisé (car fatiguée de ses mensonges, je lui avais bien dit que je ne tenais à en entendre parler sous aucun prétexte) que cette "nouvelle relation" n'habitait pas ici. Sauf que sans faire attention il a parlé d'aller dormir chez elle hier soir, à cause de cette histoire qu'il n'y a pas assez de lits dans cet appart de ces 3 jours (et ça c'est vrai) ; il est donc revenu guilleret avec une daube d'un mètre vingt par 60 cm dans les bras dimanche matin. A vélo, j'en déduis donc que cette nouvelle relation n'habite même pas à 100km... sinon ça fait long et c'est chiant à transporter. Et enfin hier soir, pour en rajouter une couche (j'avais un doute, mais j'attendais une nouvelle auto-trahison pour confirmation), il nous a annoncé qu'il allait au Laboratoire d'analyses médicales (c'est bien connu tout le monde y va le dimanche à 22h) et un de ses pote s'en est écrié "Oh !? Tu passeras le bonjour à Elizoviett'..... (je mets le nombre de points de suspension qu'il y avait dans sa phrase) SI tu le croises"... Il a répondu qu'il n'y manquerait pas... Et elle l'a félicité sur sa tenue avant qu'il claque la porte. Et moi j'ai eu la confirmation que cette nouvelle relation était la même qu'en 2007, qu'il s'agissait de son ami du théâtre avec qui il avait renoué et s'apprête à partir en vacances dans les îles, présumant qu'en 4 ans sa relation cachée n'y a certainement pas eu droit vu l'état dans lequel je l'ai trouvé bourrée au concert. Suite à ça je suis allée me coucher en repensant à mon menteur et au genre de relation d'amitié que je pouvais entretenir avec un type qui ment. Tout le temps ou dès que ça le chante sur un tas de conneries, juste pour compliquer le relationnel, parce que je ne vois pas ce que ça fait d'autre. Tout en faisant du mal sans sembler le savoir.

Ce matin encore, de retour de chez son ami, pour la seconde (ou la 3e mais laissons mes doutes de côté) fois il a fait comme si de rien était. Comme s'il n'était pas allé passer la nuit avec son ami du théâtre. Et tu me diras, après tout en quoi est ce mon problème? Je me disais la même chose, mais du coup je m'interroge sur la relation amicale que je peux continuer à entretenir avec cet ami qui me ment dans chacun de ses discours... et qui me donne l'impression de mentir même quand il ne dit rien. Et si ami, du reste il l'est vraiment. Puisqu'un ami est celui à qui l'on peut se confier et se confie en retour. Mais moi cet ami, à force de découvrir sa capacité à utiliser la mythomanie comme cachette, je ne sais pas ce qu'il en est du degré de confiance que je peux avoir envers lui si bien que je ne lui ai jamais tout dit non plus. Quel genre d'ami éprouve le besoin de mentir sur des choses ridicules et surtout quel genre d'ami est celui qui trompe... ses relations précieuses, son monde, ses amis, se ment conséquemment à lui même puisque le premier mensonge qu'on fait à autrui on se le fait d'abord à soi, et il faut une sacrée dose d'auto-conviction dans le mensonge pour pouvoir le diffuser au monde. Par ailleurs, mentir c'est aussi prendre les gens qui veulent y croire pour de fieffés imbéciles. Alors je me demande qui est cette personne qui me prend pour un sacrée conne, tout en restant persuadée que je n'ai jamais aucun doute sur sa sincérité. Bien sûr ce n'est pas très fair play non plus de ma part de ne pas lui signifier ce que je sais de toutes ces salades trop cuites et bien amères, mais enfin, je préfère être la grenouille qui gobe tout, que celui qui construit toute forme de relation sur un mensonge sans arrêt prêt à s'écrouler comme un château de cartes. (bon et de mensonges, j'en ai encore découvert deux autres d'un ordre encore bien privé, mais je crois que ça suffit pour ce que j'avais à en dire). Ce qui me console un peu dans tout ça, à part que le week-end touche ENFIN à sa fin et que je vais pouvoir retrouver mon ordinateur perso pour reprendre mon projet, c'est l'aveuglement de mon ami. Je n'ai pas envie d'étayer là dessus, mais je pense en savoir suffisamment dit (et qu'on me garde d'en apprendre plus, et surtout malgré moi qui ait une sainte horreur de fouiller dans le trou du cul des gens mais alors encore plus mal au cul quand j'apprends les choses par des suites de hasard) pour pouvoir me ré-emmurer dans mon silence placide et me camper dans mon strapontin de spectatrice comme la 1ère fois, au théâtre.

Non ce qui me gène surtout c'est que cette guirlande de fadaises, de tromperies, de mensonges, en quelque sorte d'hypocrisie et de faux semblants, me pollue l'esprit de mauvais sentiments pour cette personne, à qui je n'en parle pas, car je ne tiens pas à rentrer en conflit, du fait qu'elle soit capable de quelques qualités lorsqu'elle veut bien s'en donner la peine (bon ok c'est pas si fréquent). Je préfère l'écrire pour tenter de m'en débarrasser. Je me dis juste, vu de ma fenêtre, que je suis heureuse de n'être ni l'ami du théâtre, ni la personne de la relation cachée. Car si l'une ou l'autre savait tout ce que je sais, il y aurait bien de quoi être définitivement déçu, par ailleurs par une personne agréable qui n'est finalement pas à la hauteur d'elle-même. ça ne me dit pas comment réagir dans la suite de cette relation. C'est bien embêtant. Mais le week -nd est terminé, et mon menteur, qui vit au dépend de celui qui l'écoute, et que je n'ai présentement pas tellement envie d'entendre, est déjà bientôt parti, en même temps que mon insomnie. Cette leçon me valait bien d'en faire un fromage, sans croûte. (mais aussi "Tiens, voilà du boudin").