Pas Noël
Posté à 11:39, dans la catégorie Cartes-postales
J'avais dit que je prendrais un peu de temps pour donner des nouvelles avant Noël. On est le 24. Demain c'est Noël pour les gens qui le fêtent dont je ne ferai résolument pas partie, je pense. D'une part parce que j'ai déjà fait Noël avec une très jeune personne il y a quelques semaines, et comme c'était agréable cette ambiance de fête, faire le sapin, installer la crèche et les loupiottes qui courrent le long du plafond. D'autre part parce que fêter Noël pas en famille, après une année aussi merdique à absolument tous les niveaux... Un travail où tu te fais insulter, ensuite un travail où tu te fais virer parce que tu as trop et trop bien bossé, ensuite pas de travail, mais pas d'allocs non plus. Se faire virer de son appart' parce que ton proprio est surendetté et qu'il a besoin de cash et lui payer en plus des loyers, une nouvelle salle de bain et la réfection de deux portes. Partir en vacances sans le sous parce que tu ne peux pas te faire rembourser les billets de train. Passer toutes tes économies pour bouffer et payer le loyer. Reprendre le travail et te faire payer 35h pour 42h travaillées, soit 2 week-end par mois gratos, à ton patron. Me demander de Fêter Noël ce serait comme demander à un cul de jatte de courir le marathon sans prothèse. C'est hors de ma portée. Mes vacances n'ont pas non plus prévues d'être des vacances, car j'avais commencé à travailler sur un projet perso cet été, et que maintenant je dois finir, car les week ends depuis étaient souvent trop court pour que j'avance bien. Et je suis soulagée aussi de passer ces quelques jours à la maison car ces deux dernières semaines de taf ont été un enfer. J'ai bien fait mon travail, car j'ai gagné deux concours pour des projets très loin d'être inintéressant pour ma boîte. L'un consistant à la création d'une nouvelle salle avec un agrandissement d'un espace scénique préexistant dans un théâtre à la façade inscrite au patrimoine des monuments historiques, l'autre est un bien plus vaste projet qui s'étendra sur des années si mes collègues remportent la seconde phase du concours. S'ils ne la remportent pas, c'est toujours redorer l'image de la boîte d'avoir été sélectionné. Il s'agit d'un immense bâtiment qui s'étend sur 4 numéros de rue en plein cœur de Paris. Si on gagne pas. On gagne quand même une énorme prime de participation comme finalistes. Le patron est content et c'est sans doute l'essentiel. La première de ces deux dernières semaines, je l'ai commencée par manquer de m'évanouir en arrivant au boulot, ensuite je suis allée livrer plusieurs dossiers en main propre pour m'éloigner au maximum de l'ordinateur, en proie à une migraine ophtalmique maousse doublée d'une tendinite aigue. Je ne me servais à plus rien à moi-même, et la douleur n'est pas très supportable quand ton taf consiste à passer le plus clair de ton temps les yeux rivés sur un écran d'ordinateur et à taper sur le clavier dans une position mal fichue qui ne fait qu'empirer un peu plus ton mal chaque jour. Si bien que le vendredi, ç'en est arrivé à une sorte de paralysie du pouce (au moins on ne sent plus grand chose), comme un problème de canal carpien. Tu ne peux plus écrire avec un stylo et le moindre doigt posé sur le clavier t'envoie un pic à glace qui te transperce du poignet jusqu'au coude en plus de l'agacement provoqué par ce handicap qui fait que tu perds le contrôle des mouvements les plus routiniers. J'aurais cru à un week-end rédemptoire en la compagnie de la plus petite fille de mon colocataire, car comme quand on a installé le sapin, les enfants te sortent de tout ce merdier, et puis finalement ça n'a été que lourdeur, ménage et solitude car ils n'ont passé que très peu de temps ici. Je me suis faite une raison, j'ai travaillé un peu sur mon projet et je n'en ai pas profité pour me distraire. J'avais encore trop mal. J'ai tenté les médocs. J'ai gagné le droit de planer pendant une heure et de me sentir encore plus incapable sans que ça ne résolve rien une fois l'effet dissipé. La deuxième semaine valait bien la première. Je l'ai commencé avec ce marteau dans le crâne, pour ne pas s'arranger et l'impression d'avoir perdu un œil. Comme le Big Boss était de passage à Paris, le chef d'agence a commencé à "jouer" au chef d'agence. A nous péter un câble pour le ménage de l'agence.... en vrai pour libérer l'espace des chefs de projets qui viennent fêter le nouvel an à Paris. L'agence étant un grand appartement disposant de deux chambres avec plumard et d'une grande salle de bain, il est fréquent que des Italiens viennent passer leurs week end prolongé ici. Donc on range avant. Parce qu'il se trouve que quand on fait des maquettes ça fout le bronx, et en ce moment on fait plutôt des maquettes. Et donc quand on revient, on a le droit de ranger la chouille des chefs de projets italiens. Il nous a fait le coup une fois, car ranger semblait sur le coup plus nécessaire que de corriger des dossiers à faire partir dans l'heure (que je corrige et signe moi-même avec la signature du patron depuis maintenant 3 semaines... soit depuis qu'on a gagné ces deux concours, parce que maintenant le patron s'en fout des suivants). La deuxième j'ai gueulé. J'ai proféré un "He ho, Machin! ça va là!". ça l'a calmé et heureusement parce que je n'aime pas ces démonstrations de cirque. ça a été difficile aussi car du fait de la présence de la petite par ici, le matin il ne fallait pas faire de bruit et le soir on était trop nombreux dans l'appart pour pouvoir tous prendre un bain et passé 20h, souvent j'en ai juste marre et envie de me coucher. Alors je suis partie tous les matins un peu plus tôt que d'hab, l'estomac qui crie "Café" un peu comme quand tu dois être à jeun pour une prise de sang. Je n'ai pas trop mangé, je ne me suis pas lavé. Bref je suis allée au taf en pyjama et ai bien trempé dans mon jus au point de l'insupportable. Mais je préfère encore ça que de réveiller des enfants qui dorment d'un sommeil plus innocent que le mien. Du coup je me suis trainée dans l'agence comme un fantôme en pyjama sale et je me suis sentie une merde toute la semaine. Une merde avec un mal de bû relou et une main pourrie qui attend de crever chaque soir dans son lit pour que le temps s'arrête le temps que ça dure, ne pas souffrir et ne pas penser à cette épreuve de chaque semaine qui arrive au boulot et qui m'apporte son lot de trucs à penser et faire pour soulager le boss. J'ai profité que le chef d'agence soit parti en vacances plus tôt et de ma journée seule à l'agence d'hier pour encaisser 10 heures avec une maigre pause déj' et prendre de l'avance pour la rentrée avant que la foudre patronale me tombe sur le coin de la goule à mon retour. Cette semaine aussi, Voltaire a repris les répètes, maintenant que plus personne n'a de mélanome de pouce cassé ou de dos en vrac. Et ça a fait beaucoup de bien à tout le monde. On a un nouveau bassiste et je savais que ce serait cool avec lui. Il touche en même temps que c'est un mec classe. Y a plus qu'à les enchaîner, ces foutues répètes, mais je ne suis pas inquiète car durant le temps où on a pas répété, moi j'ai écrit, et donc on a de la compo devant. Ce matin où j'ai pû dormir tout mon saoûl je me suis réveillée comme anesthésiée, et je suis encore un peu dans le coma à l'heure où je t'écrit. Ces deux dernières semaines sont un bon résumé de mon lot quotidien, quand t'as fini ta journée ou ta semaine et que le seul truc qui t'attend en rentrant c'est la vaisselle, les courses ou le ménage parce que du temps pour aller voir un spectak faut pas compter dessus et le jour où tu l'as, ce temps, bah t'encaisse double parce que ça a pris sur le temps du sommeil. Mais comme rien n'est jamais parfaitement noir ou parfaitement rose, il s'est fait aussi de belles rencontres.
J'ai retrouvé Morrigan que je n'avais pas vue depuis longtemps. Qui a aussi changé de vie. On travaille et on habite à côté et comme on taffe comme des mortes, ça fait du bien d'avoir quelqu'un à la toute proximité pour causer quand on a le temps de déjeûner. Et puis j'ai rencontré une autre meuf top figolu, par le hasard d'un marché créa comme je n'avais pas eue l'occase d'en faire depuis longtemps, et ça fait du bien de dire "on se revoit" au moment où je ne vois véritablement pas grand monde depuis que j'ai pris ce boulot. Et quand d'autres copains sont partis. Ont quitté la ville, ou simplement on a plus l'occasion de se voir. Et mon rythme est suffisemment perturbant pour que j'évite de l'imposer à d'autres.
Dans tout ça les deux derniers mois ont été triste. Alors il faut s'accrocher pour tenir le coup. Redoubler de tisane pour dormir ou de vitamine C pour réussir à rester éveiller. Quand mon colocataire est là quelques jours de suite et que je ne le croise pas juste le temps où il prend son bain avant de filer vers d'autres cieux, lui qui est toujours en mouvement, j'attends de passer un peu de temps avec lui pour faire des perles, mater un film ou raconter des conneries... Quand je ne suis pas moi-même en dessous de toute capacité à faire quoi que ce soit. J'ai accumulé assez de fatigue physique et nerveuse pour n'être plus que l'ombre de moi-même. Au point d'en avoir honte.
Aujourd'hui je me suis lavée de bas en haut comme mieux que jamais pendant que mon colocataire préparait un beau gâteau pour son Noël en famille. Il ne veut pas que je lui parle et c'est sûrement de ma faute, soit parce que je suis allée me coucher très tôt hier soir parce que je ne tenais plus sur mes jambes, (et quand j'ai serré les dents toute la semaine, je pleure facile, donc pour éviter ça, je me cache dans mon lit) comme ça m'arrive souvent le vendredi et que je ne le crie pas sur tous les toits tant ç'en est assez de mes douleurs courantes. Ou peut être parce que je n'ai pas déblayé le canapé des choses qu'il y met pour que le chien ne monte pas dessus, ce dont je dois m'occuper aussi pendant cette semaine. Ou quoi d'autre que je ne sais pas. J'attends qu'il parte comme il faut que je m'y attende souvent chaque fois que je crois qu'il va peut être rester un peu et que coïtus interruptum, il part kek'part. Là il est là et il m'en veut et il a sûrement raison, comme je sais trop bien que c'est pas cool de vivre avec quelqu'un qui est dans un état de semi-défonce permanent à cause d'une bande de dossiers de merde qui fait louper toutes les expos bien du moment. J'attends et j'espère que ça passe en souhaitant très fort que ça ne dure pas longtemps car il me manque aussi, comme quand il est là mais qu'on ne peut rien faire car il reçoit ou qu'il s'apprête à courir d'autres lièvres ou qu'il me manque et que je suis au bout du rouleau et pas fichue d'aligner un mot ou alors avec difficulté parce que la fatigue m'emporte. J'attends qu'il parte pour nettoyer l'appart et ne pas le déranger avec ça pendant ce temps, ou qu'il reste et me dise un mot.


